jeudi, 24 août 2006
Douce France III
J'ai dû faire une digression nécessaire ici, un détour par les années soixante, pour enchaîner sur ma troisième (et déjà lointaine) semaine de vacances, celle qui a précédé mon retour à Paris et qui fut particulièrement notable pour une semaine en Bourgogne.
Je ne quittai pas Marseille sans voir Hector. Le fils du deuxième mari de ma mère. L'aîné de mes deux faux demis si vous voulez. Mais mon frère. On se connait depuis si longtemps. J'avais une dizaine d'années et "les monstres" comme nous les appellions, Bilou et moi, étaient tout petits. Les parents d'Hector et Nestor étaient des amis des nôtres. Ce qui devait arriver arriva. Ma mère partit avec le père d'Hector et Nestor. Du coup j'ai deux petits frères en plus, et maintenant que nous sommes adultes nous avons de vraies relations. Et Hector est un p'tit gars que j'aime beaucoup. Trois jours agréables avec lui et sa copine (vraiment charmante) avant de remonter tranquillement en faisant un crochet par les contrées viticoles.
J'étais bronzée, en forme et décidée à passer un bon moment avec mes parents, quand je pris le train à Saint Charles. Le mercure affichait 37°C, il était midi, et je m'engouffrai avec délectation dans le wagon climatisé...
Quand je ressortis du wagon 3h plus tard, il pleuvait. L'écran de contrôle de la bagnole climatisée de mon père affichait 22°C comme température extérieure. L'automne, comme ça, d'un coup. Les pieds qui se crispent dans les tongs, surpris d'une telle amplitude thermique...
En fin d'après-midi, profitant d'une accalmie et d'un rayon de soleil vespéral, je réussis à convaincre mon père d'aller boire l'apéro "en ville". Et c'est autour d'un verre de Saint Véran que nous avons eu cette conversation surréaliste. Nous parlions de son prochain anniversaire et de son intention de fêter ça dans un bon resto parisien. Je lui demande qui sera là en dehors de Bilou, Calou et Junior et moi.
Lui : ben tu peux venir avec qui tu veux...
Moi : ben ce sera ma douce, d'ici là, je ne pense pas que ça changera ! je me sens bien avec elle... Tu sais là c'est important notre histoire...
Lui : c'est bien, ça...
Moi : et toi, tu invites Gérard, j'imagine...
Lui : ouh là... non non surtout pas !
Moi : hein ? c'est fini entre vous ? vous vous êtes engueulés ?
[ils sont ensemble depuis au moins 10 ans, même s'ils n'habitent pas dans la même ville]
Lui : non...
Moi : mais...?
Lui : tu sais entre lui et moi, ça a toujours été purement sexuel... nous n'avons pas grand chose en commun... En fait il n'y a bien que pour le sexe qu'on s'entendait bien.
Moi : mmm...
[l'hallu, mon père qui me parle de sa vie sexuelle]
Lui : et puis nous nous voyons assez peu... et là j'ai pas envie...
Moi : je vois...
Lui : du coup ça me laisse le temps de faire des rencontres... depuis quelques années j'ai des amants dans la région.
J'étais comme deux ronds de flanc. DES amants ?? J'arrêtai le serveur et lui commandai la même chose. Un deuxième verre de Saint Véran m'aiderait à y voir plus clair, pensai-je.
[Comme si un verre de blanc pouvait aider à digérer une information. N'importe quoi.]
Et là, j'ai dit un truc que jamais je n'aurais pensé pouvoir dire à mon père :
"euh... et tu te protèges, j'espère..."
Le monde à l'envers. J'avais l'impression de faire la morale à un pote pédé collectionnant les conquêtes. La tournure inattendue que prenait la discussion me gênait vaguement... enfin c'était surtout le ton qu'adoptait mon père, genre "nous sommes homos tous les deux je peux te faire des confidences de vieux potes".
[Sauf qu'il n'est pas un vieux pote. Mais mon père.]
Moi : bon... ben si la situation te convient... mais ça m'étonne quand même. Je pensais que ton désir était plus de rencontrer quelqu'un avec qui tu pourrais avoir une relation épanouissante...
Lui : Oui c'est le cas !
Moi : Ben alors ? qu'est ce que tu fous avec Gérard ? c'est un manque de respect total pour lui, et pour toi même aussi. Merde. On reste pas avec quelqu'un par habitude.
Lui : il me fait un peu pitié... et puis il m'a dit que si je le quittais, il risquait de faire une connerie.
Moi : et tu y crois ? c'est du chantage affectif, ça ! et puis la pitié c'est vraiment dégueulasse comme sentiment... nan franchemenet là... ça craint ! T'as passé des années à te mentir à toi même, et aux autres par la même occasion, et maintenant que tu pourrais être heureux, tu t'enfonces dans une situation merdique. On ne reste pas avec quelqu'un par habitude, merde ! Tu mérites mieux que ça, non ?
Lui : ouais... enfin tu me connais, hein, je suis incapable de le quitter... de quitter qui que ce soit d'ailleurs.
Moi : oui peut-être, mais va falloir apprendre, là...
Si je m'attendais à ça... Je me suis demandé s'ils avaient pas mis un produit bizarre dans le Saint Véran. Mon père n'est pas de genre à me faire des confidences. Et de mon côté endosser le costume de la conseillère sentimentale pour mon paternel... c'était comique et embarrassant à la fois.
Comique parce que mon père ne parle JAMAIS de sexe...
Comique parce qu'en général il se la joue vertueux ("C'est pas moi qui ai trompé ta mère, hein... et puis c'est elle qui m'a quitté... bou bou bou je suis un martyr...etc")
Embarrassant parce que c'est pas mon rôle de faire la conseillère... et puis je doute que mes conseils en la matière soient réellements bons... et puis merde on n'a pas fait les backrooms parisiennes gardé les cochons ensemble !
L'hallu totale. Je voulais arrêter les séances chez Madame Michu assez vite après la rentrée, mais là je crois, va falloir qu'on debriefe...
Ma famille de névrosés est formidable.
Le lendemain nous avons fait une longue promenade dans les vignes. Ma ballade préférée, dans un coin qui m'avait inspiré ce texte. Nous avons repris un mode de relation et de communication plus normal. C'est à dire qu'on a parlé de son chat, de Junior, son petit-fils, et du temps qu'il faisait, ou qu'il allait faire.
Les deux derniers jours avant de retrouver ma douce à Paris je les ai passés avec ma mère à faire des courses et à discuter de choses et d'autres. C'était agréable et léger. Nestor était là, nous avons causé longuement de l'Inde et de ses projets d'avenir : il est parti aujourd'hui d'ailleurs, pour une mission de six mois, rejoindre sa copine qui est indienne... je sais pas pourquoi, j'ai comme l'impression qu'il va y rester, et que je vais devoir aller là-bas pour le voir... (clin d'oeil à Indilou... j'angoisse d'avance !)
Voici venue la fin du récit de mes vacances en douce France.
Comme si elles n'avaient pas été suffisantes, je repars une semaine en septembre, en amoureuses, à Barcelone. J'ai hâte d'y être. En attendant j'ai un taf incroyable à abattre d'ici quinze jours...
18:35 Publié dans Journal, Roman familial | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne


Commentaires
C'est un texte vraiment intéressant, car au delà de l'histoire personnelle, il nous amène à réfléchir "sur nos rapports au monde". So long.
Ecrit par : Hannah | vendredi, 25 août 2006
Ah, je DETESTE quand ma mère m'entraîne sur sa/ma/(et même la) sexualité. Y a certains tabous qu'il faut respecter quoi ! ;-)
Quelles vacances en tout cas !
(n'oublie pas de passer par la Sagrada Familia à Barcelone, c'est vraiment impressionnant)
Ecrit par : Melie | vendredi, 25 août 2006
Idem 1er § Mélie, je déteste ça, les tabous c'est pas fait pour les chiens...! non mais, bientot faudra qu'on apprenne à vivre à nos parents ( mince mais c'est déjà le cas!)
Sinon la sagrada familia me fait penser à un nid de termites depuis tjs....Mais c'est vrai la vue est sympa. Bref, à part ça Barcelone est une ville vraiment géniale, n'hésite pas à t'y perdre avec ta douce c'est dans ce genre de situation que l'on fait les meilleures découvertes. Et Viva Espagna! Olé ! (j'espère qu'ils auront la bonne idée de garder leur 35° à l'ombre, je compte également me trainer en Catalogne pdt cette période)
Sur ce, longue vie, je repasse bientô;;;;)))
Ecrit par : comtesse | samedi, 26 août 2006
(ayé j'ai dit à mon père !)
Ecrit par : Melie | dimanche, 27 août 2006
quelle note dis donc !
Ecrit par : Ab6 | mardi, 29 août 2006
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