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lundi, 16 octobre 2006

Le cri du ventre

"Un enfant si je veux, quand je veux"

C'était un slogan du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) dans les années 70.

Si la deuxième partie de cette devise, le "quand je veux" est largement acceptée dans nos cultures on va dire "occidentales" (merci la pillule et autre moyens de contraception), la première partie pose problème et en embarrasse plus d'un(e)..

Vous en connaissez beaucoup, vous, des femmes qui disent "Un enfant si je veux" ? Affirmant par là qu'elles n'en veulent pas, ou pas tout de suite, enfin que bon, ce n'est pas dans leurs priorités, qu'elles pensent pouvoir s'épanouir sans obligatoirement devenir mère ?

Vous n'en connaissez pas beaucoup, j'imagine. Parce que les usages et les codes de pensée (unique) de cette société patriarcale sont si pesants, que tous et toutes, ou presque, avons été élevé(e)s avec ces deux idées préconçues (même si inconscientes), à savoir :

1) une femme ne devient une vraie femme que le jour où elle devient mère.

2) la seule supériorité de la femme sur l'homme c'est qu'elle met au monde les enfants.

 

Mes arrière grands-parents ont été élevés comme ça, mes grands parents ont été élevés comme ça, mes parents ont été élevés comme ça... j'ai été élevée comme ça, ainsi que mon frère. Certes je n'ai jamais entendu ces idées formulées de manière aussi abrupte. Mais dans l'inconscient de ma mère elles étaient bel et bien là. A mon âge (j'ai 32 ans) sa satisfaction était d'avoir deux beaux enfants, une fille et un garçon. J'imagine qu'elle avait atteint son objectif, celui d'être mère, et qu'elle estimait avoir réussi sa vie. Si elle n'avait pas pu avoir d'enfant, ça aurait été le drame de son existence.

J'ai donc grandi dans ce bain là. L'eau en était trop chaude, ou trop froide.... bref pas à ma température.

De la même manière que certaines femmes ont un désir d'enfant depuis qu'elles sont toutes petites, moi je n'en ai jamais voulu, d'enfant. Gamine jouer à la maman avec une poupée ne m'a jamais amusée. Les poupées que j'ai eues en cadeau je ne les ai jamais aimées. C'est à cause de cela que rapidement je n'ai plus cru au père Noël : comment pouvait-il s'obstiner à mettre des poupées et des vêtements de poupée au pied de notre sapin alors que je n'en voulais pas ? Il n'avait pas lu ma liste ? Du coup ces poupées prenaient au mieux la poussière sur une étagère, au pire passaient de sales quarts d'heure, je les maltraitais avec un plaisir certain : il leur arrivait toujours des choses atroces, elles avaient un accident de voiture, elles sautaient par la fenêtre et étaient défigurées... c'était très jouissif de leur arracher les yeux ou les bras, de leur faire un maquillage gothique indélébile.... En tous cas il ne me serait même pas venu à l'esprit de prendre soin d'elles, et les petites filles qui le faisaient, je les trouvais très niaises. D'ailleurs pour moi les petites filles en général étaient niaises, des chochottes qui pleuraient dès qu'elles tombaient et qui étaient habillées en rose. Des dindes qui jouaient aux dames. C'était comme si déjà elles étaient entrées dans le moule, comme si elles avaient intégré les deux idées ci-dessus. A cette époque là j'aurais voulu être un garçon.

A l'adolescence les filles ont commencé à m'intéresser. Et déjà certaines d'entre elles avaient un désir d'enfant, se projetaient plus tard, quand elles seraient grandes. Elles auraient une belle famille. Deux enfants. Un garçon une fille. Ou des jumeaux. Elles les appelleraient Barnabé, Philémon, ou Victorine. J'écoutais bouche bée, je n'avais rien à dire. Que dire quand on ne comprend pas ? Mon ventre allait attendre, j'avais d'autres choses plus importantes à faire. Cela viendrait plus tard. Au lycée certaines filles avaient eu des mecs et étaient tombées enceintes. Je passai à mille lieues de tout ça, perdue dans des sphères lointaines poético-musicalo-morbides. Et puis à l'époque je ne couchais avec personne, il ne pouvait rien m'arriver...

[Il n'y a que cette cruchasse de Marie qui est tombée enceinte par la volonté du Saint Esprit.]

Je pensais que ça changerait en grandissant, qu'un jour fatalement j'aurais ce désir d'enfant que toutes autour de moi avaient. Je pensais que c'était juste une histoire de maturité. Ou de féminité. Que ça finirait bien par m'arriver un jour. Et puis aussi je commençais à comprendre que oui j'étais une femme, et que je ne pouvais rien contre. Mais si je me suis mise à accepter ce corps, imaginer qu'il pouvait porter la vie, ça je ne le pouvais pas.

 

Ça n'a pas changé. Le doute s'est même mué en certitude avec l'âge. C'est le ventre qui crie. NON.

C'est viscéral, ce non désir d'enfant.

[D'enfanter, terme plus exact]

Tout comme votre désir d'enfant, Mesdames, Mesdemoiselles, est viscéral.

C'est politique et réfléchi, aussi. Car quel monde allons nous léguer à tous ces gosses ? Je crois que sur le sujet je me suis posé certainement plus de questions que celle qui veut un enfant comme une évidence. Vouloir un enfant. Rien que l'expression fait caprice. "Je veux un caramel". "Je veux partir en vacances". "Je veux un enfant". Parce que si j'en ai pas que va-t-on dire, que va-t-on penser ? cf. 1)

Il y a tellement de femmes qui ont des enfants comme ça, sans y penser. Parce que c'est conditionné. Et naturel. C'est leur destinée : une femme ne devient une vraie femme que le jour où elle devient mère. Quant aux autres, celles pour qui ce n'est pas naturel, elles sont montrées du doigt, des "monstres" au sens propre du terme. Parce qu'une femme ne devient une vraie femme que le jour où elle devient mère. Souvent elles cupabilisent, pour la même raison. Il y a aussi tellement de femmes qui une fois mères ne sont plus que ça, des mères. Qui mettent tout le reste entre parenthèses. C'est terrifiant.

De ce fait c'est un sujet sur lequel j'ai longtemps soigneusement évité de donner mon avis, car mes positions semblaient tellement scandaleuses... Dire haut et fort qu'on ne veut pas avoir d'enfant, quand on est une femme et qu'on est censée être programmée pour ça, c'est comme si vous lâchiez un pet bien odorant au beau milieu d'un dîner mondain... ça fait tâche... sans aucun mauvais jeu de mots. Dire que vous laissez aux autres le soin de peupler notre beau pays, c'est faire montre d'égoïsme. Carrément on vous accuse de ne pas aimer les gosses, ce qui, entre nous, est un raccourci bien péremptoire et inexact. Dire que vous ne voulez pas prendre la responsabilité de donner naissance à un enfant dans ce monde pourrave, c'est être défaitiste et pessimiste. Qui sait, peut être un futur Einstein sortira de vos entrailles. Ben voyons. Soyons réaliste. Y'a beaucoup plus de chance que ça soit une autre Lorie. Hyper exaltant comme perspective.

J'ai fini par prendre l'habitude de fermer ma gueule sur le sujet.

 

Mais là, je l'ouvre, me direz-vous. C'est que depuis quelques années je m'interroge beaucoup sur ce non-désir d'enfant. Il faut dire que mes amis trentenaires se déchaînent question naissance. Et il y a Junior, mon neveu de 6 mois. C'est cool d'avoir un neveu, bien mieux que d'avoir un fils.

Je m'interroge sur ce décalage. Encore un autre. Et aussi sur cette confusion que je faisais entre ma sexualité et ce non-désir d'enfant. Je pensais que si j'étais lesbienne c'était en partie parce que je ne voulais pas d'enfant. Cela peut paraître dingue, mais je croyais ça. Et que par extension les autres lesbiennes étaient comme moi.

Je me souviens de la surprise que j'avais eue le jour où la Fée me fit comprendre qu'elle se voyait bien avoir un enfant. Je lui avais dit, en plaisantant : "Tu sais chérie, je crois pas que j'arriverai à t'en faire un... et puis moi les gosses, la famille..." Pas très fin, OK, d'ailleurs ça l'avait vexée. Ce fut notre premier désaccord profond, et je crois notre première dispute. Il y en eut bien d'autres par la suite. En tous cas ce fut un des motifs de notre rupture.

 

Je me suis rendue compte ensuite que la Fée n'était pas un cas isolé de lesbienne. Bien au contraire. La surprise passée, j'ai pu constater que le désir d'enfant est la chose du monde la mieux partagée, et transcende les frontières homo/hétéro sexualité. Il suffit d'aller lire les blogs de Molly et Kip et d'Indilou. Et de bien d'autres encore. Ou de causer avec mes amies goudous. On parle beaucoup d'homoparentalité. Aujourd'hui, entre le couple homo qui souhaite avoir des enfants, et le couple hétéro qui ne veut pas en avoir, c'est paradoxalement le couple homo qui est dans la norme. C'est drôle et un peu triste, ces couples homo qui veulent se marier, avoir des gosses, être comme tout le monde. J'espérais qu'on pourrait réinventer le couple en dehors des conventions hétéros. Je me suis encore trompée. C'est certainement plus facile d'être heureux dans la norme.

Je n'accuse personne. Je ne reproche rien à personne. L'essentiel c'est d'être heureux, non ? J'ai choisi d'être une "fin de race" comme on le dit si élégamment, et d'être heureuse dans ce choix. Il se trouve que ma Douce est sur la même longueur d'onde.

 

J'expose juste mon avis de personne qui ne sera jamais une vraie femme.

Que suis-je alors dans ce cas, je me le demande.

Commentaires

Tout pareil ! (sauf que moi c'est une nièce de 6 mois que j'ai et que je suis célibataire)

Ecrit par : Calamity | lundi, 16 octobre 2006

merci pour ta singularité, très appréciable en ces temps d'intense "reproduction" ;) merci pour cette belle note : simple et vraie :)

Ecrit par : estuary | lundi, 16 octobre 2006

Très beau témoignage. Le rapport féminité-maternité est pour moi totalement abscons. Soyons NOUS avant tout et non pas un genre prédéfini pourvu d'accessoires de vie conformes à ces conventions d'origine douteuse ! N'en déplaise à autrui (grouik)...

Ecrit par : Chaminou | lundi, 16 octobre 2006

C'est vrai que la société met globalement une pression hallucinante sur les nanas dans ce domaine. On doit presque se justifier de ne pas vouloir d'enfant. Il y a aussi cette non-envie qu'il faut bien jauger pour être certain de sa pérénnité... et qui doit tout de même être une source d'angoisse/questionnement.

Ecrit par : Matoo | lundi, 16 octobre 2006

J'aime bien ce que tu as écrit. C'est à peu près ce que je ressens, en plus clair... Moi je voudrais avoir des petits-enfants directement, mais on m'a dit que ce serait difficile. Peut-être un jour la "grand-maternité" sera-t-elle le nouveau concept pour définir ce qu'est (ou pas) une vraie femme, dans nos sociétés de petits hommes des cavernes... aaaargh, on n'en sort pas !

Ecrit par : Zorglub | mardi, 17 octobre 2006

Ah merci !
Enfin !
Voilà un bel argumentaire, auquel j'aurais (évidemment, huhu) rajouté quelques petites choses de l'ordre de l'inconscient et autres petites choses du genre, mais c'est parfait par ailleurs.

Ecrit par : Melie | mardi, 17 octobre 2006

La non maternité ne peut être qu'un choix mûrement réflechi, c'est peut être pour cela que ça choque certaines personnes, toute cette réflexion qu'il faut pour dire non. Alors qu'enfanter peut encore ne pas être un acte maîtrisé.
Je trouve que tu es dure avec toi même par certeins propos.

Ecrit par : zaboutek | mardi, 17 octobre 2006

Pareil que zorglub. Meme ressenti en plus clair et plus abouti!
Merci pour cette note!

Ecrit par : soft | mercredi, 18 octobre 2006

Nan, et puis les gosses ça coûte cher, c'est bruyant, ça bave, ça s'ennuie à longueur de temps, ça vous harcèle de questions absurdes, ça saute partout et ça vous déteste à la moindre occasion qui se présente...Quand on pense à tous les sacrifices (physiques surtout...brrr) qu'il faut faire.
Des boulets, moi je vous le dis ma petite dame !
Les marmots des autres sont bien plus attrayants.
Dès qu'on en a marre on s'en débarrasse: "aller, va voir ta maman mon petit !"
Pratique! ;)

Ecrit par : Comtesse aigrie...moi ? | mercredi, 18 octobre 2006

Calamity, estuary, Chaminou : merci !

Matoo : ça, des questions, je m'en pose ! quant à l'angoisse elle est de moins en moins là... même si tu l'as perçue dans cette note. Ce qui est angoissant dans l'histoire est d'être perçue comme un freak, et de se prendre de plein fouet l'incompréhension, voire le mépris de personnes qui sont censées être tes amis. Sinon ravie de te voir ici !

Zorglub : oui ce sera difficile ! mais on ne sait jamais, demande au Saint Esprit !

Melie : J'ai passé 10 jours sur cette note, et ce que j'ai mis en ligne ne me satisfait pas entièrement. Effectivement je n'ai pas développé la part inconsciente de mon non-désir d'enfant, ça j'en ai parlé chez Madame Michu, mais ce n'est pas encore bien clair. En tous cas, mon histoire familiale prend une grande place dans ce non-désir et cette défiance de la famille.

Zaboutek : Qu'est ce qui te fait dire que je suis dure avec moi-même ?

Soft : Merci. Je constate que finalement nous sommes quelques unes à ne pas être de vraies femmes...! on fonde un club ?

Comtesse : Moi aussi, j'adore les enfants des autres ! Ce qui est drôle, c'est qu'en général j'ai un bon contact avec les gosses.... certainement parce que je suis une gosse un peu. Et que je ne leur parle pas comme à des abrutis.

Ecrit par : Taomin | mercredi, 18 octobre 2006

c'est drôle ... ça me rappelle une réflexion d'un de mes proches devant mes éternels questionnements sur mes envies d'enfanter "mais enfin !! pourquoi tu veux un gamin ? " réponse : ben finalement pour faire plaisir à la grande zobette qui partage ma vie et à ma mère (qui a déjà 10 petits-enfants, mais un petit-enfant de moi aurait été totalement différent ...)
j'ai donc arrêté sans regret les iads, et mes sorties, mes grasses mat', ma vie tout court ne s'en portent pas plus mal.
encore un combat de gagné face au conditionnement absurde de notre société !!

Ecrit par : wolfi | mercredi, 18 octobre 2006

Très beau papier, et bien écrit en plus, chapeau !

Ceci dit je me pose la question de savoir d'où vient ce non désir d'enfanter : de l'homosexualité ou d'une histoire personnelle, disons, compliquée ?
Pour ma part je ne sais pas et je me pose la question : et si j'avais été hétéro ? Et si mon père n'avait pas choisi de "prendre sa vie" comme disent les anglo-saxons ?
Allo Docteur Mélie ;-))

Ecrit par : Cathy | mercredi, 18 octobre 2006

J'ai enfin pris le temps de lire ta note et je la trouve vraiment pertinente.
Comme je le disais chez moi, je considère aussi que c'est la société qui nous impose un désir d'enfant et qui nous oblige, en tant que femme, à devenir mère.
De ce point de vue, je comprends tout à fait ta position, d'autant plus que j'admire les femmes qui arrivent à se détacher totalement (comme toi) de ce projet et qui sont intimement convaincues de leur choix.

Pour autant, doit-on jeter la pierre à celles qui, comme moi, ne se rebellent pas contre leur condition et revendiquent pleinement leur désir de maternité ?
Dans mon idée, chacun doit être libre de faire ce qu'il désire, sans avoir à ressentir un jugement négatif de la part de l'autre. Que ce soit dans un sens ou dans l'autre.

Or curieusement, tu émets un jugement négatif sur ces homos qui veulent un enfant.
"C'est drôle et un peu triste, ces couples homos qui veulent se marier, avoir des gosses, être comme tout le monde": je n'ai jamais compris ce débat qui a lieu depuis qu'on parle d'homoparentalité. Parce qu'on est homo on ne devrait pas ressentir de désir d'enfant ??? Je ne vois pas du tout le rapport puisqu'au contraire, nous nous sommes battus pendant des années pour dire que nous étions "comme tout le monde" ... Etre lesbienne ne veut pas dire que nous sommes dénuées d'un désir de grossesse puisque nous avons le même corps (donc les mêmes capacités reproductrices) que les hétéros.
Faire le choix d'avoir des enfants n'a rien à voir avec la sexualité mais avec son désir psychique intime.

De plus, contrairement à toi, je considère qu'une famille homoparentale, est complètement anti-conformiste puisqu'elle confronte l'enfant à l'homosexualité dés le départ (ce que la société hétérosexuelle déteste) et aussi parce qu'elle remet en cause tout le système (sur lequel repose la société) de la famille nucléaire: papa-maman-enfant.
Assumer une famille homoparentale, c'est assumer son homosexualité partout (travail, famille, école, administration ...), il n'y a plus aucun moyen de se cacher derrière un couple qui, somme toute, peut parfois passer inaperçu.
Je trouve donc ce "procès" fait aux homos désirant (ou ayant déjà) fondés une famille, assez méprisant par rapport à ce contre quoi ils doivent lutter tous les jours (de la conception à la vie quotidienne).
Et je parle en connaissance de cause ...

Ecrit par : Indilou | mercredi, 18 octobre 2006

Quand tu emploies des termes comme "vraie femme" ou "fin de race" je trouve que tu es dure avec toi même. Je pense que le vocabulaire que l'on utilise n'est pas anodin, qu'il dévoile un peu de nous.

Ecrit par : zaboutek | jeudi, 19 octobre 2006

Wolfi : Pour toi c'était clair... mais pour ton amie ça a été certainement plus compliqué à accepter, non ?

Cathy : merci... histoire familiale compliquée, c'est le moins qu'on puisse dire ;o)

Indilou : Quelle ironie du sort, cette collusion de nos notes du 16/10 ! N’y vois pas malice, je suis sincèrement ravie de ce qui t’arrive, car pour te lire régulièrement, et avec beaucoup d’intérêt, je sais que ta douce et toi vous êtes posé beaucoup de questions (et à mon avis les bonnes) sur votre désir d’enfant et sur l’homoparentalité en général.
Nos choix sont tout simplement diamétralement opposés. Toi tu as fait le choix d’avoir un enfant. Choix que je respecte, même si je ne peux m’identifier. Cependant la plupart des personnes (hétéros) qui ont des enfants (dans nos sociétés occidentales) ne le font pas par choix, mais bien parce c’est naturel. Un homme, une femme, ça s’emboîte je ne te fais pas de dessin. Quand on est homo, avoir des enfants, ce n’est pas quelque chose de naturel, mais de l’ordre du parcours du/de la combattant(e). Il est normal que l’on se pose un milliard de questions.
Je n’émets pas de jugement négatifs sur ces homos qui ont un désir d’enfant. Je précise d’ailleurs que pendant longtemps j’ai cru que mon non désir d’enfant venait de ma sexualité, et que j’appliquais cette croyance aux autres lesbiennes. J’en suis revenue, maintenant. Certains homos ont un désir d’enfant, OK. Je trouve ça étonnant et pas très queer, mais OK. Dans mon cas, je me demande encore si je ne suis pas lesbienne parce que je ne veux pas d’enfant. En tous cas je suis d’accord, être lesbienne ne signifie pas être stérile : je me souviens avoir dit ça à ma mère qui catastrophée à l’annonce de mon homosexualité, m’avait dit, les larmes aux yeux « Je n’aurai jamais de petits-enfants de toi ».
C’est vrai que j’ai une position particulière sur l’homoparentalité. Je rappelle que mon père est gay. Et franchement, quitte à choquer, je m’en serais bien passée. Des quolibets, du mépris des autres. Je lui en ai voulu pendant longtemps, d’avoir menti, c’est sûr, mais aussi d’être gay. Et ça aussi, je m’en serais bien passée.
Nos aînés se sont battus pour que nous soyons « comme tout le monde », dis-tu. Et tant mieux pour l’égalité des droits. Je suis contre le mariage mais pour avoir le droit de ne pas me marier. Le truc c’est que je ne suis pas sûre que nous soyons « comme tout le monde » toujours. J’ai arrêté de militer pour le droit à l’indifférence. La sexualité, je suis désolée, ce n’est pas un détail, ça forge une vision du monde légèrement différente. Sur ces questions de rapports hommes/femmes, de désir, de parentalité en particulier.
Je n’ai pas voulu être méprisante. Ni blesser qui que ce soit. Il n’y a pas de mal à être conformiste tant qu’on est heureux : le mariage et la famille font partie de cet état d’esprit. Il n’y a pas de mal non plus à être anti-conformiste, tant qu’on est heureux.

zaboutek : J'ai employé ces termes à dessein, c'est peut être choquant ou provocateur, mais ce sont des mots que j'ai entendu dans la bouche d'autres personnes.

Ecrit par : Taomin | jeudi, 19 octobre 2006

C'est drôle mais cette question d'enfant me poursuit depuis toute la semaine :
- le post de Taomin
- l'heureux évènement qui s'annonce chez Indilou (félicitations ;-)
- les questions que ça me pose en tant que femme, lesbienne, et sans enfant donc à 40 ans

Et là je viens d'apprendre que l'une de mes ex qui vit avec une autre ex depuis plusieurs années (quand je vous disais que j'avais une histoire compliquée !), et bien elles ont adopté 2 enfants et qu'elle forme une "vraie famille" m'a dit l'ami qui m'a dit ça.
Et bien ça m'a foutu un coup et je ne sais pas encore dire pourquoi... Je vais laisser poser ça quelques temps et voir si j'arrive à expliquer mon trouble...

Ecrit par : Cathy | vendredi, 20 octobre 2006

Je me garderai d'émettre un avis sur cette question hyper-sensible, "the" question, n'ayant jamais fait de choix ferme et définitif là-dessus, contrairement à vous, Indilou et Taomin. En tout cas mon rejet d'abord total... ou presque... de cette idée d'avoir des enfants (succédant à celui, viscéral, en revanche, d'avoir des poupées ;-)), est devenu moins ferme avec le temps. Me serais-je laissée gagner par ce que tu appelles le "conformisme" ambiant, Taomin... L'appeler ainsi, c'est émettre un jugement...

Ecrit par : De passage | samedi, 21 octobre 2006

Tiens, j'aimerais bien connaître la proportion de lesbiennes qui aimaient jouer à la poupée dans leur enfance (autrement qu'en leur faisant subir des traitements de choc)...

Ecrit par : De passage | samedi, 21 octobre 2006

Ben t'es une vraie femme quand même, hein !
Tout pareil que toi jusqu'a ce que je touche mon neveu, justement...:)

Ecrit par : Ab6 | dimanche, 22 octobre 2006

C'est vraiment une excellente note.
Et si ta douce partage ce non-besoin, que demande le peuple?

Ecrit par : Yael | lundi, 23 octobre 2006

Cathy : ce n'est pas anodin non plus ces questions que je me pose en ce moment. L'horloge biologique, Madame...!

De passage : j'y suis allée un peu fort en employant le mot "conformisme", c'est vrai.
Sur les poupées : je me souviens que j'aimais beaucoup leur faire des coupes improbables avec les cheveux en synthétique (j'devais être keupon à l'époque) genre crète ou noeuds qui ne se démélaient pas avec le peigne fourni... car toute poupée digne de ce nom devait être bien coiffée ! Ce week end j'ai demandé à ma Douce si elle jouait à la poupée quand elle était gosse. Elle m'a répondu qu'elle détestait ça, contrairement à ses soeurs... jusqu'au jour où on lui a offert un Ken !

Ab6 : ouais, une vraie... pas vraiment comme la plupart des autres, mais une vraie !

Yaël : merci, merci. Et ravie de ton retour !

A tous les lecteurs : le débat continue chez Indilou, avec une note très pertinente, encore une fois :
http://indilouworld.hautetfort.com/archive/2006/10/21/bio.html

Ecrit par : Taomin | lundi, 23 octobre 2006

C'est marrant, j'aimais bien les Ken moi aussi... mais je n'en ai jamais eu, à mon grand dam...
Les poupées, la seule que j'ai eue je l'ai laissée tranquille, totalement perplexe quant à son intérêt (une fois constaté qu'il n'y avait rien à voir sous la robe). Enfin, un Ken m'aurait peut-être fait le même effet, à la longue.

Ab6 : Moi aussi, c'était jusqu'à ce que je "touche" mes neveux... ça change beaucoup la perception qu'on a des enfants, après, je trouve.

Ecrit par : De passage | lundi, 23 octobre 2006

Je poursuis sur ma lancée : peut-on s'être occupée avec amour de ses poupées, les avoir dorlotées, nourries, allaitées, changées, coiffées, promenées dans des poussettes, avoir dialogué avec elles des heures et des heures, des années durant, et devenir lesbienne plus tard ?

Je sais juste qu'on peut être à la fois pinailleuse et lesbienne. ;-))

Ecrit par : De passage | lundi, 23 octobre 2006

J'imagine que oui, De passage, il n'y a pas de règles !

Ecrit par : Taomin | mardi, 24 octobre 2006

Oui... mais aucune ne s'est manifestée ici pour le moment... ;-))

Ecrit par : De passage | mardi, 24 octobre 2006

Je pense que la question se pose pour tout le monde (pour les hommes aussi, bien qu'ils préfèrent laisser ce poids aux femmes) et que ce n'est pas une question d'orientation sexuelle, ni d'idéologie politique. C'est de savoir quelle est notre place dans le monde et dans la société. Les normes et les conformismes changent avec les époques, mais les êtres humains sont toujours les mêmes. Il y a mille façons, de créer, de contribuer à la vie, d'être « fertile ». Toutes ont leur valeur et leur sens.

Ecrit par : Pierre-Yves | mercredi, 25 octobre 2006

Pour ma part, j'ai toujours joué avec des ken...( Barbie étant blonde principalement...herk!)
S'en est suivi une vingtaine d'années de parfaite hétéroattitude. Aussi je doute que le gout et dégout des poupées soient un signe...mais un sondage pourait être drôle, car il est vrai qu'aucune de mes amies lesbiennes n'a joué à la poupée étant gosse. Toujours le même refrain, voiture, et autre jeu de garçons priment...
Cela dit ça peut aussi etre un signe d'intelligence car les jeux de filles sont d'une telle niaiserie utopique!

Ecrit par : Comtesse | mercredi, 25 octobre 2006

Pierre-Yves : je ne peux qu'être d'accord avec toi... il y a mille façons d'être fertile ! Mais soyons réaliste, pour la majorité des femmes, il n'y en a qu'une. Sinon c'est vrai je me suis exclusivement placée du côté des femmes, de leur désir/non désir d'enfanter, et pas du désir d'enfant.

Comtesse : mais si Barbie avait été brune ?
D'accord avec vous sur la niaiserie des jeux de filles (poupées, jeu de marchande, panoplie de la parfaite future ménagère incarnée par le mini fer à repasser ou le nécessaire de cuisine, déguisement de Barbie...), mais les jeux de garçons sont pas mal non plus (voiture, flingues, déguisement de Zorro...)
Faut pas s'étonner si cette société continue d'être sexiste : dès leur plus tendre enfance, on met les gosses dans un schéma fille future femme mère ménagère soumise/garçon futur homme beauf macho bricolo. Si tu es un garçon qui veux jouer à la poupée, ou si tu es une fille qui veut jouer aux voitures, et que tu as des gros cons de parents, pas de frère (pour une fille) ou de soeur (pour un garçon) à qui piquer ses jouets, tu es mal.
A quand les jouets unisexe ?

Ecrit par : Taomin | jeudi, 26 octobre 2006

Interessant. Mais je me demande à quoi pourrait ressembler un jouet unisexe...voyons...un mélange de genres (?): ken dragqueen, un ballon de rugby rose à fleurs, des crosses de hockey à pompons, barbie bikeuse...

Mouais bon, faut que j'arrête mon délire passager (c'est ça de feuilleter les magazines de jouets qui arrivent déjà en masse dans ma boite aux lettre...!)

Je pense que la seule solution réside dans l'intelligence des parents à acheter ce que veulent leurs gosses, tout simplement, sans préjugé...Donc on est mal hein, ah ah ah!

Ecrit par : Comtesse | jeudi, 26 octobre 2006

C'est rigolo, cet article commence un peu comme un article que j'ai écrit dans mon blog (même si mon article est beaucoup plus court que celui-ci !).

Je n'ai jamais souhaité avoir d'enfants. Au mieux ça surprend, au pire ça peut scandaliser. Ce n'est pas parce qu'on a la possibilité de se reproduire qu'il est absolument indispensable de le faire.

Ca m'est égal qu'on puisse penser que je ne suis pas une "vraie femme" : il n'y a pas de vraies femmes ni de fausses femmes, ce ne sont que des catégories inventées par certains imbéciles des deux sexes.

A propos de l'homosexualité : je pense qu'on peut être homosexuel-le et parfaitement conventionnel-le. Les homosexuels ne sont pas "différents" dans l'absolu, c'est notre société hétérocentriste qui construit cette prétendue différence. On ne peut pas exiger qu'une personne soit ou ne soit pas conventionnelle selon sa sexualité, cela revient à diviser les gens selon cette sexualité, c'est plutôt réducteur à mes yeux. Je ne pense pas être homosexuelle, mais pour rien au monde je ne souhaiterais vivre cette vie conventionnelle que tu repousses. Et à l'inverse, il y a sans doute des homosexuels qui rêvent d'une vie pépère, ordinaire, banale... L'orientation sexuelle n'apparaît comme un détail important que dans un monde où l'hétérosexualité est encore considérée comme la norme.

En tout cas cesse de fermer ta gueule et n'hésite pas à dire que tu ne veux pas d'enfants ; j'en ai assez que la grossesse soit considérée comme une sorte d'étape obligatoire dans la vie d'une femme, assez de ces ados qui bêtifient et n'hésitent pas à affirmer qu'un bébé est "le plus beau cadeau que la vie puisse faire à une femme" (si si, j'ai lu ça sur des blogs !!!), assez de l'expression "heureux événement" pour un événement pas toujours heureux. Certaines personnes souhaitent sincèrement avoir des enfants, c'est leur droit, mais qu'on laisse les autres tranquilles.

Ecrit par : Blog féministe | dimanche, 29 octobre 2006

Quand j'étais petite, mes grand-parents voulaient m'acheter une grosse poupée Corole comme pour ma soeur, et mon "éducateur-masculin" leur a dit qu'il ne fallait pas, que c'était vraiment pas mon truc et que je ne jouerais pas avec. (dès fois, je me dis que c'est lui qui m'a forgé le caractère garçon manqué que j'avais) Finalement, mes grand-parents me l'ont quand même offerte et je l'ai bien aimée, mais je ne crois pas que je me voyais comme sa mère. D'ailleurs, le soir avec ma soeur on jouait à ce que nos lits superposés étaient un camping-car et elle était la maman et moi le papa.

Sinon, je ne m'étais jamais pensée comme une "fin de race" mais par contre j'avais réalisé que je suis une "fin de nom", depuis que ma soeur s'est mariée et a abandonné notre nom, les seules personnes de ma famille à porter mon nom sont une tante lesbienne et un oncle et sa femme qui n'ont pas voulu d'enfant. C'est elle qui n'en a pas voulu et ça a assez participé à ce que mes tantes la voient mal. Je crois que c'est encore plus mal vu pour une femme hétéro mariée de ne pas vouloir d'enfant. Non seulement, elle n'a pas d'enfant elle, mais en quelques sortes elle prive son homme d'enfants. (c'est pas ma vision hein)

Ecrit par : Calamity | lundi, 30 octobre 2006

L'envie d'avoir des enfants n'a rien à voir avec avec le fait d'etre homo ou hétéro ... j'ai vécu 9 ans en couple avec un mec et on a acheté une maison, partagé tout plein de chose et jamais nous n'avons eu réellement le désir d'avoir des enfants ... lorsque notre entourrage nous demandais " ... alors c'est pour quand les enfants ???? " on rigolait et répondait en coeur " bein pas envie pour l'instant on est bien sans ..." on a fini par se séparé et je suis tombé folle amoureuse de ma chérie et au bout de quelques mois on a eu une envie folle d'avoir des enfants ensembles alors que je n'avais aucunes idées de ce qu'était une IAD et de l'existence de la fillière belge ... 3 ans plus tard ma chérie et moi avons réalisé un de nos reves , nous sommes mamans de deux bébés et rien à voir avec homo ou hétéros, rien à foutre de tout ca arreter ... c'est juste une histoire d'amour, un coup de foudre, une envie naturelle de transmettre notre amour et ca marche :o))
Je félicite toutes celles et ceux qui ne cedent pas à la tentation de faire comme les autres, d'avoir des enfants pour avoir des enfants et je bénie le jour ou j'ai préféré avorter plutot que d'avoir un enfant avec mon ex que je pensais aimé à l'époque mais je ne ressentait aucune envie de donner la vie ... aujourd'hui je suis maman et j'ai tout fait avec ma chérie pour l'etre et nos enfants sont le fruit de notre amour et ca c'est BEAU :o))

Lilou

Ecrit par : Lilou | jeudi, 02 novembre 2006

J'arrive un peu après la guerre mais ton article m'intéresse beaucoup car je suis d'accord avec toi, il est absurdement difficile dans notre société de reconnaître publiquement qu'on ne veut pas d'enfant. Je connais quelqu'un de proche qui est hétéro, en couple depuis près de 10 ans, tous deux ont une bonne situation et ils ne veulent pas d'enfants ce qui choque des gens alors que je ne vois pas bien 1. où est le problème 2. en quoi ça nous regarde !
Ce qui me gêne dans ton article est ton insistance à dire qu'on ne devient femme que lorsqu'on devient mère. Heureusement que non !!!!! Il se trouve que je suis lesbienne et mère (ce qui, contrairement à ce que tu avances, ne me donnes pas du tout envie de me marier avec ma compagne !!), mais j'avais déjà l'impression d'être une femme bien avant la naissance de mon enfant et je n'ai pas le sentiment que devenir mère m'ait véritablement changée !

Ecrit par : Bloguette | vendredi, 03 novembre 2006

Sur le thème "en avoir ou pas" (des enfants évidemment) mais aussi sur les copines, l'amour, les mecs, le sexe et tutti fruti, je vous conseille "Arrête de pleurer Pénélope 2" au Théatre de la Fontaine. Je n'avais pas vu le premier mais celui-là m'a fait pleurer de rire hier soir, ce qui ne m'était pas arrivé depuis... trop longtemps :-))
Conseil d'amie : si vous êtes au premier rang attendez vous à être prise à partie après la fin de la pièce par les 3 actrices qui sont excellentes dans le genre répartie-qui-tue-et-qui-rhabille-pour-l'hiver !

C'était la page culturelle de me semaine, merci de votre attention !

Ecrit par : Cathy | jeudi, 09 novembre 2006

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