lundi, 16 octobre 2006
Le cri du ventre
"Un enfant si je veux, quand je veux"
C'était un slogan du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) dans les années 70.
Si la deuxième partie de cette devise, le "quand je veux" est largement acceptée dans nos cultures on va dire "occidentales" (merci la pillule et autre moyens de contraception), la première partie pose problème et en embarrasse plus d'un(e)..
Vous en connaissez beaucoup, vous, des femmes qui disent "Un enfant si je veux" ? Affirmant par là qu'elles n'en veulent pas, ou pas tout de suite, enfin que bon, ce n'est pas dans leurs priorités, qu'elles pensent pouvoir s'épanouir sans obligatoirement devenir mère ?
Vous n'en connaissez pas beaucoup, j'imagine. Parce que les usages et les codes de pensée (unique) de cette société patriarcale sont si pesants, que tous et toutes, ou presque, avons été élevé(e)s avec ces deux idées préconçues (même si inconscientes), à savoir :
1) une femme ne devient une vraie femme que le jour où elle devient mère.
2) la seule supériorité de la femme sur l'homme c'est qu'elle met au monde les enfants.
Mes arrière grands-parents ont été élevés comme ça, mes grands parents ont été élevés comme ça, mes parents ont été élevés comme ça... j'ai été élevée comme ça, ainsi que mon frère. Certes je n'ai jamais entendu ces idées formulées de manière aussi abrupte. Mais dans l'inconscient de ma mère elles étaient bel et bien là. A mon âge (j'ai 32 ans) sa satisfaction était d'avoir deux beaux enfants, une fille et un garçon. J'imagine qu'elle avait atteint son objectif, celui d'être mère, et qu'elle estimait avoir réussi sa vie. Si elle n'avait pas pu avoir d'enfant, ça aurait été le drame de son existence.
J'ai donc grandi dans ce bain là. L'eau en était trop chaude, ou trop froide.... bref pas à ma température.
De la même manière que certaines femmes ont un désir d'enfant depuis qu'elles sont toutes petites, moi je n'en ai jamais voulu, d'enfant. Gamine jouer à la maman avec une poupée ne m'a jamais amusée. Les poupées que j'ai eues en cadeau je ne les ai jamais aimées. C'est à cause de cela que rapidement je n'ai plus cru au père Noël : comment pouvait-il s'obstiner à mettre des poupées et des vêtements de poupée au pied de notre sapin alors que je n'en voulais pas ? Il n'avait pas lu ma liste ? Du coup ces poupées prenaient au mieux la poussière sur une étagère, au pire passaient de sales quarts d'heure, je les maltraitais avec un plaisir certain : il leur arrivait toujours des choses atroces, elles avaient un accident de voiture, elles sautaient par la fenêtre et étaient défigurées... c'était très jouissif de leur arracher les yeux ou les bras, de leur faire un maquillage gothique indélébile.... En tous cas il ne me serait même pas venu à l'esprit de prendre soin d'elles, et les petites filles qui le faisaient, je les trouvais très niaises. D'ailleurs pour moi les petites filles en général étaient niaises, des chochottes qui pleuraient dès qu'elles tombaient et qui étaient habillées en rose. Des dindes qui jouaient aux dames. C'était comme si déjà elles étaient entrées dans le moule, comme si elles avaient intégré les deux idées ci-dessus. A cette époque là j'aurais voulu être un garçon.
A l'adolescence les filles ont commencé à m'intéresser. Et déjà certaines d'entre elles avaient un désir d'enfant, se projetaient plus tard, quand elles seraient grandes. Elles auraient une belle famille. Deux enfants. Un garçon une fille. Ou des jumeaux. Elles les appelleraient Barnabé, Philémon, ou Victorine. J'écoutais bouche bée, je n'avais rien à dire. Que dire quand on ne comprend pas ? Mon ventre allait attendre, j'avais d'autres choses plus importantes à faire. Cela viendrait plus tard. Au lycée certaines filles avaient eu des mecs et étaient tombées enceintes. Je passai à mille lieues de tout ça, perdue dans des sphères lointaines poético-musicalo-morbides. Et puis à l'époque je ne couchais avec personne, il ne pouvait rien m'arriver...
[Il n'y a que cette cruchasse de Marie qui est tombée enceinte par la volonté du Saint Esprit.]
Je pensais que ça changerait en grandissant, qu'un jour fatalement j'aurais ce désir d'enfant que toutes autour de moi avaient. Je pensais que c'était juste une histoire de maturité. Ou de féminité. Que ça finirait bien par m'arriver un jour. Et puis aussi je commençais à comprendre que oui j'étais une femme, et que je ne pouvais rien contre. Mais si je me suis mise à accepter ce corps, imaginer qu'il pouvait porter la vie, ça je ne le pouvais pas.
Ça n'a pas changé. Le doute s'est même mué en certitude avec l'âge. C'est le ventre qui crie. NON.
C'est viscéral, ce non désir d'enfant.
[D'enfanter, terme plus exact]
Tout comme votre désir d'enfant, Mesdames, Mesdemoiselles, est viscéral.
C'est politique et réfléchi, aussi. Car quel monde allons nous léguer à tous ces gosses ? Je crois que sur le sujet je me suis posé certainement plus de questions que celle qui veut un enfant comme une évidence. Vouloir un enfant. Rien que l'expression fait caprice. "Je veux un caramel". "Je veux partir en vacances". "Je veux un enfant". Parce que si j'en ai pas que va-t-on dire, que va-t-on penser ? cf. 1)
Il y a tellement de femmes qui ont des enfants comme ça, sans y penser. Parce que c'est conditionné. Et naturel. C'est leur destinée : une femme ne devient une vraie femme que le jour où elle devient mère. Quant aux autres, celles pour qui ce n'est pas naturel, elles sont montrées du doigt, des "monstres" au sens propre du terme. Parce qu'une femme ne devient une vraie femme que le jour où elle devient mère. Souvent elles cupabilisent, pour la même raison. Il y a aussi tellement de femmes qui une fois mères ne sont plus que ça, des mères. Qui mettent tout le reste entre parenthèses. C'est terrifiant.
De ce fait c'est un sujet sur lequel j'ai longtemps soigneusement évité de donner mon avis, car mes positions semblaient tellement scandaleuses... Dire haut et fort qu'on ne veut pas avoir d'enfant, quand on est une femme et qu'on est censée être programmée pour ça, c'est comme si vous lâchiez un pet bien odorant au beau milieu d'un dîner mondain... ça fait tâche... sans aucun mauvais jeu de mots. Dire que vous laissez aux autres le soin de peupler notre beau pays, c'est faire montre d'égoïsme. Carrément on vous accuse de ne pas aimer les gosses, ce qui, entre nous, est un raccourci bien péremptoire et inexact. Dire que vous ne voulez pas prendre la responsabilité de donner naissance à un enfant dans ce monde pourrave, c'est être défaitiste et pessimiste. Qui sait, peut être un futur Einstein sortira de vos entrailles. Ben voyons. Soyons réaliste. Y'a beaucoup plus de chance que ça soit une autre Lorie. Hyper exaltant comme perspective.
J'ai fini par prendre l'habitude de fermer ma gueule sur le sujet.
Mais là, je l'ouvre, me direz-vous. C'est que depuis quelques années je m'interroge beaucoup sur ce non-désir d'enfant. Il faut dire que mes amis trentenaires se déchaînent question naissance. Et il y a Junior, mon neveu de 6 mois. C'est cool d'avoir un neveu, bien mieux que d'avoir un fils.
Je m'interroge sur ce décalage. Encore un autre. Et aussi sur cette confusion que je faisais entre ma sexualité et ce non-désir d'enfant. Je pensais que si j'étais lesbienne c'était en partie parce que je ne voulais pas d'enfant. Cela peut paraître dingue, mais je croyais ça. Et que par extension les autres lesbiennes étaient comme moi.
Je me souviens de la surprise que j'avais eue le jour où la Fée me fit comprendre qu'elle se voyait bien avoir un enfant. Je lui avais dit, en plaisantant : "Tu sais chérie, je crois pas que j'arriverai à t'en faire un... et puis moi les gosses, la famille..." Pas très fin, OK, d'ailleurs ça l'avait vexée. Ce fut notre premier désaccord profond, et je crois notre première dispute. Il y en eut bien d'autres par la suite. En tous cas ce fut un des motifs de notre rupture.
Je me suis rendue compte ensuite que la Fée n'était pas un cas isolé de lesbienne. Bien au contraire. La surprise passée, j'ai pu constater que le désir d'enfant est la chose du monde la mieux partagée, et transcende les frontières homo/hétéro sexualité. Il suffit d'aller lire les blogs de Molly et Kip et d'Indilou. Et de bien d'autres encore. Ou de causer avec mes amies goudous. On parle beaucoup d'homoparentalité. Aujourd'hui, entre le couple homo qui souhaite avoir des enfants, et le couple hétéro qui ne veut pas en avoir, c'est paradoxalement le couple homo qui est dans la norme. C'est drôle et un peu triste, ces couples homo qui veulent se marier, avoir des gosses, être comme tout le monde. J'espérais qu'on pourrait réinventer le couple en dehors des conventions hétéros. Je me suis encore trompée. C'est certainement plus facile d'être heureux dans la norme.
Je n'accuse personne. Je ne reproche rien à personne. L'essentiel c'est d'être heureux, non ? J'ai choisi d'être une "fin de race" comme on le dit si élégamment, et d'être heureuse dans ce choix. Il se trouve que ma Douce est sur la même longueur d'onde.
J'expose juste mon avis de personne qui ne sera jamais une vraie femme.
Que suis-je alors dans ce cas, je me le demande.
14:40 Publié dans Journal, Roman familial | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne, femmes, désir d'enfant, maternité
jeudi, 24 août 2006
Douce France III
J'ai dû faire une digression nécessaire ici, un détour par les années soixante, pour enchaîner sur ma troisième (et déjà lointaine) semaine de vacances, celle qui a précédé mon retour à Paris et qui fut particulièrement notable pour une semaine en Bourgogne.
Je ne quittai pas Marseille sans voir Hector. Le fils du deuxième mari de ma mère. L'aîné de mes deux faux demis si vous voulez. Mais mon frère. On se connait depuis si longtemps. J'avais une dizaine d'années et "les monstres" comme nous les appellions, Bilou et moi, étaient tout petits. Les parents d'Hector et Nestor étaient des amis des nôtres. Ce qui devait arriver arriva. Ma mère partit avec le père d'Hector et Nestor. Du coup j'ai deux petits frères en plus, et maintenant que nous sommes adultes nous avons de vraies relations. Et Hector est un p'tit gars que j'aime beaucoup. Trois jours agréables avec lui et sa copine (vraiment charmante) avant de remonter tranquillement en faisant un crochet par les contrées viticoles.
J'étais bronzée, en forme et décidée à passer un bon moment avec mes parents, quand je pris le train à Saint Charles. Le mercure affichait 37°C, il était midi, et je m'engouffrai avec délectation dans le wagon climatisé...
Quand je ressortis du wagon 3h plus tard, il pleuvait. L'écran de contrôle de la bagnole climatisée de mon père affichait 22°C comme température extérieure. L'automne, comme ça, d'un coup. Les pieds qui se crispent dans les tongs, surpris d'une telle amplitude thermique...
En fin d'après-midi, profitant d'une accalmie et d'un rayon de soleil vespéral, je réussis à convaincre mon père d'aller boire l'apéro "en ville". Et c'est autour d'un verre de Saint Véran que nous avons eu cette conversation surréaliste. Nous parlions de son prochain anniversaire et de son intention de fêter ça dans un bon resto parisien. Je lui demande qui sera là en dehors de Bilou, Calou et Junior et moi.
Lui : ben tu peux venir avec qui tu veux...
Moi : ben ce sera ma douce, d'ici là, je ne pense pas que ça changera ! je me sens bien avec elle... Tu sais là c'est important notre histoire...
Lui : c'est bien, ça...
Moi : et toi, tu invites Gérard, j'imagine...
Lui : ouh là... non non surtout pas !
Moi : hein ? c'est fini entre vous ? vous vous êtes engueulés ?
[ils sont ensemble depuis au moins 10 ans, même s'ils n'habitent pas dans la même ville]
Lui : non...
Moi : mais...?
Lui : tu sais entre lui et moi, ça a toujours été purement sexuel... nous n'avons pas grand chose en commun... En fait il n'y a bien que pour le sexe qu'on s'entendait bien.
Moi : mmm...
[l'hallu, mon père qui me parle de sa vie sexuelle]
Lui : et puis nous nous voyons assez peu... et là j'ai pas envie...
Moi : je vois...
Lui : du coup ça me laisse le temps de faire des rencontres... depuis quelques années j'ai des amants dans la région.
J'étais comme deux ronds de flanc. DES amants ?? J'arrêtai le serveur et lui commandai la même chose. Un deuxième verre de Saint Véran m'aiderait à y voir plus clair, pensai-je.
[Comme si un verre de blanc pouvait aider à digérer une information. N'importe quoi.]
Et là, j'ai dit un truc que jamais je n'aurais pensé pouvoir dire à mon père :
"euh... et tu te protèges, j'espère..."
Le monde à l'envers. J'avais l'impression de faire la morale à un pote pédé collectionnant les conquêtes. La tournure inattendue que prenait la discussion me gênait vaguement... enfin c'était surtout le ton qu'adoptait mon père, genre "nous sommes homos tous les deux je peux te faire des confidences de vieux potes".
[Sauf qu'il n'est pas un vieux pote. Mais mon père.]
Moi : bon... ben si la situation te convient... mais ça m'étonne quand même. Je pensais que ton désir était plus de rencontrer quelqu'un avec qui tu pourrais avoir une relation épanouissante...
Lui : Oui c'est le cas !
Moi : Ben alors ? qu'est ce que tu fous avec Gérard ? c'est un manque de respect total pour lui, et pour toi même aussi. Merde. On reste pas avec quelqu'un par habitude.
Lui : il me fait un peu pitié... et puis il m'a dit que si je le quittais, il risquait de faire une connerie.
Moi : et tu y crois ? c'est du chantage affectif, ça ! et puis la pitié c'est vraiment dégueulasse comme sentiment... nan franchemenet là... ça craint ! T'as passé des années à te mentir à toi même, et aux autres par la même occasion, et maintenant que tu pourrais être heureux, tu t'enfonces dans une situation merdique. On ne reste pas avec quelqu'un par habitude, merde ! Tu mérites mieux que ça, non ?
Lui : ouais... enfin tu me connais, hein, je suis incapable de le quitter... de quitter qui que ce soit d'ailleurs.
Moi : oui peut-être, mais va falloir apprendre, là...
Si je m'attendais à ça... Je me suis demandé s'ils avaient pas mis un produit bizarre dans le Saint Véran. Mon père n'est pas de genre à me faire des confidences. Et de mon côté endosser le costume de la conseillère sentimentale pour mon paternel... c'était comique et embarrassant à la fois.
Comique parce que mon père ne parle JAMAIS de sexe...
Comique parce qu'en général il se la joue vertueux ("C'est pas moi qui ai trompé ta mère, hein... et puis c'est elle qui m'a quitté... bou bou bou je suis un martyr...etc")
Embarrassant parce que c'est pas mon rôle de faire la conseillère... et puis je doute que mes conseils en la matière soient réellements bons... et puis merde on n'a pas fait les backrooms parisiennes gardé les cochons ensemble !
L'hallu totale. Je voulais arrêter les séances chez Madame Michu assez vite après la rentrée, mais là je crois, va falloir qu'on debriefe...
Ma famille de névrosés est formidable.
Le lendemain nous avons fait une longue promenade dans les vignes. Ma ballade préférée, dans un coin qui m'avait inspiré ce texte. Nous avons repris un mode de relation et de communication plus normal. C'est à dire qu'on a parlé de son chat, de Junior, son petit-fils, et du temps qu'il faisait, ou qu'il allait faire.
Les deux derniers jours avant de retrouver ma douce à Paris je les ai passés avec ma mère à faire des courses et à discuter de choses et d'autres. C'était agréable et léger. Nestor était là, nous avons causé longuement de l'Inde et de ses projets d'avenir : il est parti aujourd'hui d'ailleurs, pour une mission de six mois, rejoindre sa copine qui est indienne... je sais pas pourquoi, j'ai comme l'impression qu'il va y rester, et que je vais devoir aller là-bas pour le voir... (clin d'oeil à Indilou... j'angoisse d'avance !)
Voici venue la fin du récit de mes vacances en douce France.
Comme si elles n'avaient pas été suffisantes, je repars une semaine en septembre, en amoureuses, à Barcelone. J'ai hâte d'y être. En attendant j'ai un taf incroyable à abattre d'ici quinze jours...
18:35 Publié dans Journal, Roman familial | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne
mercredi, 16 août 2006
"Moi aussi, j'ai quelque chose à vous dire..."
"Tu sais ce que je vais te dire là n'est pas évident à dire. Et de ce que je vais te dire là, il y a des choses que tu sais parce que tu les as devinées, et d'autres que tu ne peux pas connaître, parce qu'à cette époque là, tu n'étais pas née."
"C'était à Paris, en 1966. J'avais 19 ans. A l'époque, je te l'apprends peut être, la majorité était à 21 ans. J'étais donc mineur quand tout cela est arrivé."
"Du plus loin que je me souvienne, j'ai eu de l'attirance pour les garçons. Il faut dire que durant mon enfance puis mon adolescence, je n'ai pas spécialement eu l'occasion d'en avoir pour les filles. Elles étaient tout simplement absentes de ma vie : les écoles et le collège que je fréquentais étaient non mixtes. Et je n'avais pas de soeur. Ce n'est qu'au lycée que je commençai à rencontrer des filles de mon âge. A l'époque je les trouvais franchement inintéressantes, je ne comprenais pas ce que mes camarades pouvaient bien leur trouver."
"Depuis tout gosse, j'avais des amitiés très fortes avec certains garçons de ma classe, et aussi à la manécanterie. J'aimais cette ambiance virile et musicale à la fois dans ce décorum religieux que nous respections bien peu... Nos parents, et surtout nos mères, étaient très cathos, et c'est pour ça que nous étions là. Pour la plupart nous bouffions du curé, mais qu'est ce qu'on rigolait ! Ma première cuite, ce fut avec du vin de messe... Mes premiers émois amoureux, avec des camarades petits chanteurs..."
"A cette époque là je ne me rendais pas compte que j'étais..... homosexuel. Tu vois, même aujourd'hui j'ai du mal à prononcer ce mot. Je suppose qu'alors je ne le connaissais même pas, ce mot."
"Et puis en grandissant j'ai compris que j'aurais des emmerdes si j'en parlais à qui que ce soit. Alors j'ai gardé ça pour moi. Mes parents surtout ne devaient rien savoir, ni mon frère, ni mes amis."
"En 1966, j'ai rencontré Jean. Je crois que l'attirance fut instantanée, en tous cas réciproque. Nous avons vécu quelques semaines enchantées... Je me souviens, nous écoutions Revolver des Beatles, qui venait de sortir. Jean était un peu plus âgé et expérimenté que moi. Il m'emmenait dans des lieux plutôt confidentiels, où les gays avaient l'habitude de se retrouver..."
"Un jour un ami de mes parents nous a croisés tous les deux dans la rue. Nous ne faisions rien de mal ou d'équivoque, mais j'avais menti à mes parents en disant que j'allais au ciné, juste pour le voir..."
"Trois semaines plus tard, alors que je prenais de plus en plus de risques pour voir Jean, inventant des raisons de plus en plus improbables, mon père me coince un matin, me dit qu'il faut qu'on parle. M'annonce avec calme qu'il m'a fait suivre suite aux soupçons de son pote qui nous avait rencontrés, qu'il sait ce que je traficote avec Jean. Me dit que tout cela est fini désormais, et que Jean a été poliment averti que s'il s'approchait encore de moi, il serait dénoncé aux flics pour perversion et détournement de mineur. Ajoute qu'il n'y a pas d'inverti dans la famille, et que ce n'est pas moi qui vais commencer. Il finit par me dire qu'il était temps que je fasse mon armée, que ça me remettrait certainement les idées en place, et qu'il s'était arrangé pour que je sois bien éloigné de Paris, dans un bataillon disciplinaire en Allemagne... Ma mère assistait à la scène, muette et en pleurs..."
"J'étais mineur, je n'avais rien à dire. Et même ensuite, je n'ai jamais rien pu dire à mon père. Je n'ai jamais revu Jean. J'ai fait ces 24 mois en Allemagne. J'en ai bavé. Le bataillon disciplinaire, ça vous recadre même le plus rebelle. A mon retour à Paris, c'etait comme si je n'étais plus le même. J'avais réussi à me convaincre que j'étais "guéri". Enfin je veux dire, normal, hétéro. J'ai trouvé du boulot rapidement. Et dans la boîte j'ai rencontré une femme. C'était en 1969. Elle était sympa, intelligente. Elle m'aimait bien. Moi je n'étais pas amoureux, mais je la voyais bien mère de mes enfants. Parce que des enfants, j'en voulais... Alors nous nous sommes mariés en 1970."
Cette histoire est celle de mon père. Cette femme rencontrée en 1969 est ma mère.
Il m'a raconté tout ça le jour où je lui ai dit "Papa, tu sais, j'ai un truc à te dire. Voilà : je suis lesbienne. La fille avec qui j'habite, (c'était la Fée) et ben c'est pas ma coloc, c'est ma copine". C'était le jour de Noël 2001 ou 2002 peut être, nous étions tous les trois, lui, Bilou et moi, autour de la table. Je m'étais lancée, un peu ivre pour me donner du courage, entre le plateau de fromages et la bûche de Noël. Mon coming out (auprès de lui, parce que mon frère Bilou, lui, savait depuis belle lurette) est du coup complètement passé à l'as. Le seul truc qu'il ait trouvé à me dire fut "Tu ne m'apprends rien, ma grande, je l'avais deviné..."
Dire qu'il m'a fallu quelques séances chez madame Michu pour digérer tout ça est un euphémisme.
Mes parents se sont séparés au bout de 20 ans de mariage, et ont divorcé un peu plus tard. Aujourd'hui mon père vit son homosexualité librement.
Si j'écris cela, c'est parce que la note Douce France III n'avançait pas. Et pour cause. Je n'arrivais pas à planter le décor d'une conversation que j'ai eue avec lui lors de ces dernières vacances...
C'est aussi parce que j'avais dit ici que j'en parlerais un jour, de mon père.
Et c'est aussi pour Melie. Qui un jour trouvera l'occasion de faire son coming out à son père.
Avoue Melie que le mien n'est pas banal...!
15:55 Publié dans Roman familial | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : le coming out de mon père, gay et lesbienne
vendredi, 14 avril 2006
Tataomin (suite)
Je l'ai donc vu hier mon neveu.
Et effectivement il est super beau, encore plus que sur les photos. On peut me taxer de manque d'objectivité, mais c'est vrai ! il est pas fripé (c'est la césarienne) et il a une bonne tête, avec tout plein de cheveux.
Et je l'ai tenu dans mes bras. J'ai même vu ses yeux... bleu très foncé comme ceux de beaucoup de nourissons.
Tenir dans ses bras un petit être qui a tout juste un jour c'est une sensation indescriptible. Ce n'était pas la première fois... mais là c'est mon neveu. Et mon premier neveu. Alors j'étais très émue. Il avait quelques coliques, quand je suis arrivée il pleurait. Au bout d'un moment il s'est calmé. Et endormi dans mes bras tandis que je le berçais. Cette chambre d'hôpital respirait le bonheur familial. Ma mère était là aussi, toute fière et toute émue. Grand-mère pour la première fois.
Bilou va être un super papa... il suffit de le voir avec son fils dans les bras. Et Calou va être une super maman, c'est sûr ! Elle est très fatiguée, la césarienne d'urgence après 12h de travail, ça flingue !
[Et ça donne pas, mais alors pas envie d'être enceinte... je laisse le soin à d'autres de peupler la planète, moi, je passe]
Ce bébé va être bien...
Ici je vais l'appeler Junior.
Et je suis bien décidée à être une Supertataomin.
12:15 Publié dans Roman familial | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 13 avril 2006
Tataomin
J'ai pas fait vraiment gaffe hier... parce que j'étais hyper émue tout ça tout ça... C'est hier soir que j'ai réalisé que quelqu'une (que vraisemblablement je connais ou qui connait mon frère... ou nous deux) avait annoncé sur ce blog la naissance de mon neveu AVANT MOI...! (cf commentaire sur la note précédente) Et une heure max après que j'ai appris moi-même la nouvelle...
Car il est né hier midi... J'ai eu des photos hier soir, il est beau, mais beau...!
Ce qui est fou c'est que je cale à mort sur l'identité de cette mystérieuse indiscrète qui me connait... une fille du choeur de femmes ? Une amie ? En tous cas, chère indiscrète, je t'ai piqué ton surnom pour en faire un titre... c'est bien trouvé !
[Y'a de plus en plus de connaissances qui lisent ce blog... ça fait un peu bizarre... surtout s'ils restent anonymes...]
Je vais voir la petite merveille ce soir à la maternité. Je vous raconterai...
16:25 Publié dans Roman familial | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mardi, 11 octobre 2005
Tatie Taomin
Grande et belle nouvelle aujourd'hui. Bilou, mon p'tit frère va être papa...! Calou, sa copine, est enceinte, et du coup Taomin future tatie...!
C'est pour le mois d'avril.
En apprenant la nouvelle ce midi, petite larme de joie et d'émotion...
Je suis toute chose : je nous revois enfants Bilou et moi.
On est des grands, maintenant.
23:35 Publié dans Roman familial | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

