lundi, 04 septembre 2006

A love supreme

medium_Coltrane.jpgJe suis allée voir un très bon spectacle samedi soir. J'y ai trainé ma douce, qui bien que n'étant pas fan de jazz comme moi, a bien aimé aussi.

Ce spectacle, c'est "A love supreme", un spectacle de jazz-théâtre hommage à John Coltrane, LE dieu du saxophone ténor. J'aime Coltrane, je dois avoir chez moi au moins une dizaine de ses albums, des débuts dans le quintette de Miles Davis, à la fin très free jazz. Coltrane est mort en 1967 en laissant derrière lui une oeuvre immense et foisonnante. Je ne suis pas saxophoniste (mais un jour, je m'y mettrai... quand je serai à la retraite) mais son jeu est toujours aussi moderne, et a dû inspirer de nombreux musiciens.

Coltrane est un gars tellement à part, que même celui qui n'aime pas le jazz est fasciné. J'ai même un pote qui en général n'écoute que de la pop-rock de djeun's ou de la nouvelle chanson française genre Dominique A qui aime... c'est dire...

Parmi mes albums préférés : Ole Coltrane (1961), My favorite things (1960), A love supreme (1964)... entre autres.

L'album éponyme du spectacle est l'un des plus mystiques de l'artiste, et peut être un des plus connus... une longue méditation de 38 minutes en quatre parties, quelque chose de très planant.

Le spectacle est une adaptation d'une nouvelle d'Emmanuel Dongala : un récitant dit l'histoire, illustrée par un trio jazz saxo basse batterie.

Très beau moment.

Le spectacle est tellement pris d'assaut que des séances supplémentaires ont été mises en place : ça joue jusqu'au 10 septembre. Plus de renseignements ici.

Et pour les plus acharnés, la programmation de "Jazz à la Villette" qui cette année a pour thème "Black rebels". J'aurai aimé tout faire... mais finalement je me suis décidée pour les Troublemakers et Julien Lourau vendredi 8 septembre.

 

vendredi, 30 décembre 2005

Neige

Enfin seules.

Avec ce désir qu'elles ont réprimé trop longtemps.

Dans ce petit appartement, ce havre de paix juste éclairé par quelques chandelles vacillantes et une guirlande multicolore.

Dehors la neige tombe et enrobe d'un gracieux duvet tout ce qu'elle trouve. Plus un bruit. Le manteau neigeux absorbe toute velléité sonore. Pas une âme qui vive. Comme s'il n'y avait plus qu'elles deux.

Au dessus d'elles la trompette de Miles plane, lointaine, aérienne comme les flocons. Blue in green, chef d'oeuvre absolu, accompagne leurs gémissements timides au départ. Leurs respirations toujours plus rapides. Leurs corps nus et chauds qui se cherchent. Leurs mains fiévreuses qui n'osent pas vraiment encore. Leurs lèvres qui se boivent. Leurs langues qui se trouvent.

Le saxo de Coltrane succède à la trompette de Miles. Leurs jambes souples s'emmèlent sous les draps froissés.

Elle ont si longtemps attendu.

Les halètements se font plus pressants. Elles veulent ce corps qu'elles ne connaissent pas encore. Avides de l'autre. Pour ne former plus qu'une. All Blues. James Cobb donne le rythme imperturbable de l'ondulation des bassins. La musique tourne et elles avec. Où est le haut ? Où est le bas ? A qui est cette jambe ? A qui est ce sein ? Ces questions ont-elles encore un sens ?

Il n'y a plus qu'un corps en ébullition.

Flamenco Sketches. Trempées de désir. L'une dans l'autre ou l'autre dans l'une. La sueur rend opaques les vitres glacées, prend la forme d'un pudique rideau. Coule le long des tempes, des dos, des fesses. Jambes écartées. Sexes gonflés. Et tous les nerfs à fleur de peau.

Puis un râle. Une libération. Le cri de l'une. Celui de l'autre peu de temps après. La trompette de Miles se ballade encore dans les aigus. Jouit sur un fa et redescend tranquillement avec elles.

Maintenant il neige plein pot. Sur la platine CD, la fonction repeat a été enclenchée. So what.

"Encore" dit l'une "Encore" répond l'autre.

Encore. Jusqu'à ce que la neige s'arrête. Jusqu'à l'épuisement.